Il existe, quelque part, une boutique dont personne ne connaît vraiment l’adresse.
Ceux qui la trouvent n’y viennent jamais par hasard
Avant même de rencontrer son propriétaire, on est saisi par le désordre.
Mais un désordre étrange.
Un désordre organisé.
Sur les étagères s’empilent des objets sans nom.
.
Une mécanique qui semble inutile.
Une bouteille contenant un morceau de ciel.
Une vieille carte dont les routes changent chaque matin.
Quelques marionnettes qui bougent lorsque personne ne les regarde.
Des partitions écrites avec une encre qui paraît encore fraîche.
Des masques taillés dans la lumière.
Au milieu de ce bric-à-brac improbable trône un magnifique piano.
C’est peut-être lui qui donne son âme à la boutique.
Au fond, presque caché derrière un établi encombré d’outils minuscules, travaille un jeune homme.
Il porte une blouse blanche.
Sur son œil est fixée une loupe de bijoutier.
Il ne fabrique ni bijoux.
Ni montres.
Ni machines.
Il fabrique autre chose.
Des rêves.
Les commandes arrivent de partout.
Certains viennent acheter une chanson.
D’autres repartent avec un conte de fées.
Un chef d’entreprise commande le récit d’une bataille qu’il devra livrer le lendemain devant ses équipes.
Une jeune femme cherche une robe cousue dans des morceaux de lune.
Un enfant voudrait simplement une histoire qui fasse disparaître sa peur du noir.
Et puis il y a ceux qui ne savent pas ce qu’ils cherchent.
Ils ressortent souvent avec exactement ce dont ils avaient besoin.
Le Petit Coursier ne vend jamais ce que l’on demande.
Il fabrique ce qu’il manque au cœur de celui qui franchit sa porte.
Lorsqu’il travaille, le silence règne.
Seules résonnent parfois quelques notes de piano.
Alors il abandonne ses outils.
Prend délicatement un violon.
Et accompagne celui ou celle qui s’est assis devant le clavier.
Jamais exactement comme la partition.
Toujours autrement.
Comme si une musique ne devait jamais rester prisonnière du papier.
On raconte qu’il travaille la nuit.
Non parce qu’il dort peu.
Mais parce que les rêves préfèrent naître lorsque le monde se tait.